Un réseau et une charte voient le jour en Centre-Val de Loire pour l’éducation aux médias et à l’information

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La troisième édition des Journées régionales de l’ÉMI (éducation aux médias et à l’information) s’est tenue les 2 et 3 décembre à Blois. Avec pour enjeu la présentation d’une charte de cette pratique pédagogique en Centre-Val de Loire et l’officialisation d’un réseau régional appelé ÉmiCentre.
L’éducation aux médias et à l’information. Plus communément appelé ÉMI, cet ensemble de pratiques pédagogiques se développe de plus en plus, aussi bien dans le champ scolaire qu’à l’extérieur.
Il s’agit de permettre aux usagers des médias, c’est-à-dire la quasi totalité de la population, d’être plus en alerte dans une société marquée par la multiplication et l’accélération des flux d’information.
L’ÉMI a pour objectif d’aider au développement de l’esprit critique, et ainsi de contribuer à former des citoyens et citoyennes éclairés. On se confronte aux médias, on apprend à chercher, recevoir, produire et diffuser des informations via des médias de plus en plus diversifiés.
L’ÉMI en mutation
Pour coordonner tout cela en Centre-Val de Loire, des institutions se mettent au diapason pour structurer un réseau régional. La Drac (Direction régionale des affaires culturelles), le Club de la presse et le Clémi (Centre pour l’éducation aux médias et à l’information), organisent tous les ans depuis 2023 des Journées régionales de l’ÉMI en Centre-Val de Loire.
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Après Tours et Orléans, c’est à Blois que s’est déroulée la troisième édition de ces rencontres régionales. Deux journées se sont tenues les 2 et 3 décembre, avec des conférences, tables rondes et ateliers. Avec une thématique centrale : « Professionnaliser, informer, influencer ? L’ÉMI en mutation ».
L’occasion de rassembler des professionnels agissant dans la région, notamment des médias associatifs ou indépendants. C’est le cas, par exemple, de la journaliste Déborah Adoh qui a créé Endémik, un média d’information participatif. « J’ai voulu recréer du lien de confiance avec les citoyens », précise-t-elle en soulignant l’importance de la mobilisation des Gilets jaunes dans sa réflexion.
Radio Campus Orléans et Radio Campus Tours s’inscrivent totalement dans cette démarche de l’ÉMI en Centre-Val de Loire, au même titre que d’autres radios associatives comme Radio Dynamo, à Bourges.

Lounès, membre de cette structure, souligne que ces rendez-vous permettent de se rencontrer entre pairs et de discuter avec les financeurs pour orienter plus précisément les actions en ÉMI.
Au cours de ces deux journées à Blois, il était question de faire un état des lieux de l’éducation aux médias et à l’information en 2025, ainsi que des attentes des institutions en la matière. La montée en compétences des acteurs et actrices de l’ÉMI est un point essentiel qui a été martelé. Les institutions seront particulièrement sensibles à l’idée de privilégier dans les prochaines années les personnes qui seront titulaires d’une certification de compétences inter-branches.
« Partager des valeurs et des modes opératoires »
Karen Prévost Sorbe, coordonatrice académique du Clémi, Cyril Désiré, conseiller cinéma, image et usages numériques à la Drac, et Élodie Cerqueira, journaliste indépendante et présidente du Club de la Presse Centre-Val de Loire, étaient au coeur de l’organisation de cette troisième édition des rencontres régionales de l’ÉMI. Ils sont au côté de l’École publique de journalisme de Tours dans cette organisation de l’ÉMI dans la région.
Depuis leur commencement en 2023, les rencontres ÉMI avaient pour enjeu fondamental la création d’un réseau régional et structurant des professionnels de l’ÉMI. Ce réseau appelé ÉMICentre a été officialisé lors de cette troisième édition. Il s’articule autour d’une charte d’éthique et de déontologie à laquelle les acteurs et actrices de l’ÉMI adhèrent.
L’objectif est double. Il s’agit d’abord de fournir un carnet de contacts fiables et référencés pour les structures qui souhaitent faire appel à des professionnels dans la région. Le deuxième but est de faciliter la rencontre, les échanges, les retours d’expériences et la mise à jour constante des compétences de ces professionnels. « L’idée était de se doter d’un document pour pouvoir cadrer nos actions sans être sur la censure ou dire de manière injonctive ce qu’il faut faire ou ne pas faire, explique Karen Prévost-Sorbe. Il s’agit de partager des valeurs et des modes opératoires. »
L’éducation aux médias étant directement corrélée à l’actualité et à l’évolution des techniques de l’information et de la communication, il apparait évident qu’elle doit sans cesse se renouveler. La démocratisation rapide des intelligences artificielles (IA) et autres innovations numériques rebat constamment les cartes.

Ces IA mettent au défi la société face aux risques de propagation de fausses informations, et à une déresponsabilisation des citoyens et citoyennes face à l’absolue nécessité de vérifier ses informations. L’utilisation éthique et déontologique de tels outils est ainsi au coeur des enjeux sociétaux de notre époque.
« Il ne suffit plus d’être simple journaliste »
« Je milite pour la professionnalisation de l’ÉMI, martèle Élodie Cerqueira. Les attendus d’aujourd’hui relèvent d’une réelle compétence professionnelle. Il ne suffit plus d’être simple journaliste, d’avoir été professeur-documentaliste ou d’avoir été prof avec une sensibilisation. Les attentes liées aux outils numériques, savoir les appréhender dans un monde qui évolue très vite, ça demande d’être formé de façon professionnelle. La certification, pour moi, est incontournable. »
Les institutions organisatrices de ces rencontres régionales soutiennent pleinement le développement de l’éducation aux médias. Les programmes scolaires ont pleinement intégré cette ÉMI qui est sans nul doute en plein essor.
Reste parfois la contradiction entre la volonté et les financements, dans un contexte de restrictions budgétaires coordonnées par l’État qui ne semble pas toujours mettre la culture dans ses grandes priorités. En témoigne le Fonds de soutien à l’expression radiophonique qui a frôlé la coupe drastique, jusqu’à la récente mobilisation transpartisane des sénateurs qui ont décidé de maintenir les crédits pour les radios associatives.


Mais le risque de coupe budgétaire, déjà évoqué en 2024, subsiste sur le long terme. De nombreux médias associatifs seraient alors mis en danger, et avec eux tout le travail de proximité effectué à destination d’une éducation aux médias pour toutes et tous, notamment dans la ruralité et les quartiers de la politique de la ville.


